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jeudi 19 mars 2009

ALICE MILLER : stop aux châtiments corporels !!

Nombreux sont ceux qui affirment que la violence psychologique est pire que la violence physique. Si l'on ajoute maintenant qu'elle se produit fréquemment et souvent violemment, pendant toutes les années où le cerveau de l'enfant se forme, on peut mieux comprendre la gravité des effets des coups.

Même s'ils sont donnés, ce qui est sans doute le cas chez une forte de proportion de parents, sans la moindre mauvaise intention et dans un contexte d'affection. Le corps, lui, a ses réactions propres, instinctives, qui ne tiennent pas compte de l'intention avec laquelle les coups sont donnés. Le corps sait que les coups sont mauvais pour lui. Et ils sont catastrophiques quand ils viennent de ceux dont l'enfant a le besoin absolu de capter la bienveillance.


Donc, même si la violence psychologique est grave aussi, on ne peut pas dire qu'elle soit plus grave que la violence des châtiments corporels à laquelle, le plus souvent, elle s'ajoute.
 D'autre part, ceux qui, comme Alice Miller, demandent une interdiction spécifique des châtiments corporels, demandent aussi qu'un suivi soit assuré auprès des parents pour les aider à élever leurs enfants dans la confiance et la tendresse. Ce qui fait que lutter contre les châtiments corporels qui concernent aujourd'hui la quasi-totalité des enfants, c'est aussi donner plus de chances à une éducation qui joue vraiment pour l'enfant le rôle d'un "placenta social" protecteur, nourricier, tolérant et riche en modèles structurants.

mercredi 18 mars 2009

ALICE MILLER : imitation & soumission

Le deuxième comportement inné de l'enfant est le comportement d'imitation.

L'enfant imite d'instinct dès les premiers jours de sa vie les comportements qu'il voit et entend, surtout ceux que l'on a à son égard. Frapper un enfant, ce n'est donc pas seulement le dresser par l'effet de la peur des coups, c'est aussi le conditionner à la violence en lui en fournissant des modèles qui s'intègrent à la gestuelle de son corps, avant même qu'il ait pu comprendre quoi que ce soit à ce qu'on exigeait de lui.

De plus, les coups sont en contradiction radicale avec les principes fondamentaux communs à toutes les traditions et les religions et que tous les parents cherchent à inculquer à leurs enfants, même s'ils ne les mettent pas eux-mêmes en pratique : "Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu'on te fasse" et "Ne frappe pas un être plus petit que toi". L'enfant frappé subit littéralement un électrochoc. Il subit simultanément deux messages contradictoires : une leçon de morale ("Ne fais pas aux autres...") et une leçon gestuelle violente ("Fais aux autres, comme je le fais en ce moment, ce que tu ne veux pas qu'on te fasse"). Cette contradiction subie à travers son corps et son esprit ne peut que perturber gravement les capacités morales et les capacités logiques de l'enfant. Il est vraisemblable que beaucoup de nos incohérences ont ces électrochocs pour origine.



Autre comportement inné de l'enfant : le comportement de soumission. On l'observe aussi chez les adultes humains dans le cas du "syndrome de Stockholm" : des otages soumis à un stress intense prennent la défense de leurs ravisseurs, éprouvent une irrésistible sympathie pour eux, adoptent leurs idées, voire leur comportement et, dans certains cas, en tombent amoureuses. Même si les parents ne sont pas des ravisseurs ni les enfants des otages, la situation des enfants est une situation de totale dépendance matérielle et affective. Aussi, quand le stress des coups intervient dans la relation, les enfants incorporent plus profondément encore qu'à l'ordinaire les jugements implicites et/ou explicites qui accompagnent les coups. Ils s'identifient à leurs parents. Ils s'autoaccusent, nient leur propre personnalité, se coupent de leur boussole intérieure.



Enfin, dernier comportement inné perturbé par les coups : le comportement de sauvegarde. C'est celui qui, au moindre signe de danger provoque en nous le réflexe de fuir ou de combattre. Chez le petit enfant, ce réflexe se limite à la fuite (le plus souvent dans les bras de sa mère) ou à l'appel au secours. Les expériences de Henri Laborit, présentées dans le film d'Alain Resnais Mon oncle d'Amérique, ont montré que lorsque des rats sont dans l'impossibilité de fuir ou de combattre, les hormones du stress qui sont normalement destinées à assurer ces deux fonctions se retournent en quelque sorte contre l'organisme et l'autodétruisent. La tension monte, les tissus gastriques sont atteints, mais aussi les neurones. Certaines parties du cerveau (corps calleux, hypophyse) s'atrophient littéralement comme cela a pu être vérifié au scanner. Or, la situation de l'enfant frappé est exactement celle du rat qui ne peut ni fuir ni combattre. De plus, pour lui, l'expérience se répète souvent tout au long de la période pendant laquelle son cerveau se forme et ses neurones s'interconnectent. Le système de sauvegarde, système fondamental pour l'équilibre de l'individu, ne peut qu'être gravement perturbé par une telle répétition. Il n'est pas étonnant par exemple que les victimes d'agressions sexuelles (de la part d'étrangers à leur famille) soient souvent des enfants qui ont subi des mauvais traitements : leur système de sauvegarde, altéré, ne les prévient peut-être plus des dangers possibles.
 Il faut encore ajouter qu'une des réactions du cerveau, en cas de danger physique, est de "débrancher" le système immunitaire, consommateur d'énergie, pour concentrer toute celle-ci sur les membres afin de fuir ou combattre. Il est très probable que ces ruptures répétées de la fonction immunitaire, aggravées par l'état de stress, expliquent le fait que les enfants battus ont souvent plus de maladies et d'accidents que les autres. Là encore, c'est une fonction centrale qui est atteinte chez l'enfant.


mardi 17 mars 2009

ALICE MILLER : comprendre les comportements d'attachement primitif de l'enfant

C'est par ses comportements d'attachement que l'enfant fait au moins la moitié du chemin qui le relie à sa mère et aux adultes de son entourage.

Capacité de téter, cris et pleurs, "grasping", sourires, regards, extension des bras, capacité de distinguer la forme des visages de l'environnement puis la forme du visage de sa mère parmi tous les visages, sa voix, son odeur, tous ces comportements sont autant de façons pour l'enfant de créer des liens afin de constituer, au sortir du placenta organique, un placenta social.

Et ce nouveau placenta social doit avoir les mêmes fonctions que le placenta organique : protéger, pourvoir, permettre (formule empruntée à Pierre Lassus).
Le rôle des parents consiste à reprendre ces trois fonctions en y ajoutant celle de proposer (et non d'imposer) à l'instinct d'imitation de l'enfant des modèles de comportement qui lui permettent de s'épanouir.


On voit ainsi immédiatement que toute punition corporelle, toute privation punitive, toute interdiction non indispensable à la survie du bébé va à l'encontre de la fonction naturelle du placenta social de l'enfant et contrarie, voire pervertit le besoin impératif et vital qui pousse l'enfant à créer des liens indispensables à sa survie. "Pervertit", parce que l'enfant, totalement dépendant de sa mère, n'a pas les moyens de refuser une relation qui ne lui convient pas.

S'il est frappé, après la première surprise douloureuse, il intègre la violence à son mode de relation et la considère donc comme normale, ce qui ne peut se faire qu'aux dépens de sa sensibilité qui s'endurcit. Il intègre donc la violence à son modèle relationnel exactement comme le foetus peut absorber la nicotine, les drogues ou l'alcool que lui infuse le cordon ombilical. De plus, comme les coups sont presque toujours accompagnés d'insultes, ils humilient l'enfant et portent atteinte à l'image qu'il a de lui-même. En même temps que son mode de relation future, dont sa relation avec sa mère est le prototype, c'est ainsi le centre même de sa personnalité qui est atteint.


Et il n'y a aucune commune mesure entre les coups donnés par les parents, surtout par la mère, et les coups donnés par des étrangers à la base de sécurité. Des effets de ceux-ci, l'enfant peut être consolé par sa mère. Mais quand c'est la mère qui devient la menace et la source des coups, l'enfant n'a plus aucun recours. Et sa confiance dans sa base de sécurité qui correspond à un besoin fondamental chez lui est gravement compromise.



mercredi 2 janvier 2008

Alice Miller et le développement du "Faux Soi"

Coucou,
Je termine "L'avenir du drame de l'enfant doué" d'Alice Miller. Un titre un peu hermétique mais qui cache un vrai trésor en terme de source de réflexions de coaching et de développement personnel. Si j'ai "boudé" ce livre pendant des années - un ami me le conseillait à plusieurs reprises - voilà, il m'a enfin inspiré, je me suis jetée dedans et je l'ai dévoré... :-) merci Marco!!
Outre les passages extraordinaires sur le développement du Faux Soi, de la Grandiosité et de la Dépression - j'y reviendrai dans des billets ulérieurs... - je voulais vous partager quelque chose qui me semble fort opportun pour un début d'année 2008 marqué d'événements politiques, économiques et mondiaux difficiles (la belgique et ses oranges bleues, l'assassinat de Benazir Bhutto, les événements qui commencent au Kenya...).

Selon Alice Miller, seul un être humain qui a une saine conscience de son histoire personnelle (n'est pas/plus dans le déni de ses souffrances, la rationnalisation "c'était pour mon bien", l'idéalisation "j'ai eu des parents parfaits", le déplacement "c'est pas mon père, c'est mon fils qui me fait la vie dure"...), a une sensibilité plus vive et plus aigüe aux souffrances d'autrui. Devenu capable de prendre ses propres sentiments au sérieux, il ne tournera plus en dérision, niera, ou méprisera les sentiments d'autrui.

"Eprouver consciemment une émotion justifiée est libérateur. Non seulement parce que le corps qu'elle tenaille depuis l'enfance, peut alors se décharger, mais surtout parce que son émergence nous ouvre les yeux sur la réalité, nous délivre de nos illusions, nous rend les souvenirs refoulés et entraîne souvent la dispariton de nos symptômes".

Ce travail, les effets et l'évolution qui en découlent ont des conséquences individuelles, familiales mais aussi politiques. Les hommes et les femmes qui sont au clair avec leur histoire, leur sentiments, qui ont appris à explorer leur vraies raisons, ne sont plus astreints de transférer leur haine sur des innocents pour épargner ceux qui l'ont vraiment méritée. "Osant savoir qui a mérité leur colère, ils trouveront leur chemin dans la réalité, sans plus sombrer dans l'aveuglement de l'enfant maltraité qui doit ménager ses parents et, de ce fait, a besoin de boucs émissaires" (...)

"Il est vain de combattre la haine par des arguments : il faut comprendre où est sa source et employer des outils permettant de l'atteindre". Travailler, aller chercher les croyances limitantes qui entrainent que l'on compense, évite, nie, se bloque, se révolte, sabotte...